Morez, capitale française de la lunette, se distinguait jadis par son émaillerie.
Tout d’abord au service de l’industrie, cette activité courtise l’Art à partir du début du 20°siècle et donne naissance à de véritables chef-d’œuvres.
Jusqu’en 1755, les horlogers moréziens achetaient en Suisse, au Locle et à la Chaud-de-Fonds, les cadrans en cuivre émaillés dont ils équipaient les horloges comtoises et les payaient très cher.
En 1755, ils sollicitèrent un émailleur en cadrans du Locle, David Henri Huguenin d’Otrand, et l’invitèrent à venir s’installer à Morez.
Déjà familiarisés au travail de la métallurgie et à la décoration des cabinets d’horloge, l’émaillage des cadrans absorba l’activité des artisans moréziens pendant un siècle avant que cette industrie ne s’étende à d’autres fabrications.
Au milieu du 19° siècle, après les essais d’émaillage de la fonte réalisés dans la poterie, l’émaillage sur tôle de fer tombe dans le domaine industriel vers 1860 ;
L’émaillerie morézienne y trouve la possibilité d’une grande extension.
Elle ajoute à ses produits la fabrication de plaques et de lettres pour enseignes, plaques pour rues, numéros, plaques pour portes, voitures, bicyclettes, villas, thermomètres, plaques funéraires, etc…
L’évolution de la technique de l’émaillage a permis de passer du domaine artisanal au domaine industriel mais la fabrication morézienne a conservé un caractère semi-artisanal qui la classe bien à part entre les émaux d’art de Genève et de Limoges et les ouvrages de l’émaillerie industrielle.
En 1850, Morez comptait 4000 habitants et 18 sociétés horlogères, qui produisaient 60000 horloges par an. L’âge d’or de l’émail fut la période 1860-1880.
En 1930, 400 personnes travaillaient encore l’émail à Morez dont une centaine dans l’émaillerie Renaud, fondée en 1844. Elle fut la seule à l’époque à donner une dimension industrielle à l’émail.
A Morez, on était d’avantage peintre sur émail, décorateur, plutôt qu’émailleur : en témoigne la renommée nationale acquise par Louis Clément, Charles Eugène Forestier ; les émaux de Morez sont réalisés en tôle d’acier. Comme dans cette petite ville l’émaillerie d’art voisine avec l’émaillerie commerciale, c’est de plaques blanches, très proches de celles publicitaires ou autres, que part l’artiste. Il s’agit de peindre, avec de l’émail teinté d’oxydes métalliques, l’oxyde de cobalt, qui produit le bleu, l’antimoine de plomb, qui donne le jaune, l’oxyde de manganèse, qui permet d’obtenir le violet, etc.. Ces poudres dissoutes dans un composé formé tant par de la glycérine que du miel et de la gomme adragante ainsi que d’essences spéciales s’appliquent au pinceau. Hélas, ces couleurs ne se mélangent pas toutes, mais se superposent après la cuisson, et c’est le feu, ce lien mystérieux, qui donne l’éclat, la fraîcheur, la profondeur des tons. . Les peintres sur émail étaient payés à la lettre où à la ligne ; le travail délicat, réalisé à la plume, exigeait de grandes compétences et un sens artistique certain.
Les maisons du Haut-Jura possédaient leur atelier, où pendant l’hiver les membres de la famille peignaient sur émail et vendaient leur production le samedi au marché de Morez.
C’était les mêmes ouvriers qui travaillaient sur la lunette et sur l’émail.
Avant la guerre de 1914-18, il y avait une centaine d’ouvriers dans l’usine Buffard à la Doye, qui fabriqua de la poudre d’émail jusqu’en 1934.
La maison Perrad-Bergoend se spécialisa dans la fabrication des photographies destinées aux plaques de cimetière. Albin Perrad (1857-1916) fut l’inventeur de la photo sous émail mais excella aussi dans la technique de la plume et du pinceau sur émail.
On comptait en tout 18 entreprises artisanales ; l'entreprise Girod, qui a su évoluer vers une production industrielle en diversifiant sa production, mais en maintenant toutefois l’émaillerie, est la seule à subsister aujourd’hui…et elle continue à peindre les cadrans d’horloge à la main.
Pour la richesse de ses couleurs, l’inaltérabilité de ses produits et le modelé que le passage au four donne à ses peintures, l’émail a été et reste encore une matière de choix, pour la décoration des ouvrages en métal précieux(or, argent) ou plus commun (fer, cuivre).
Sources : catalogue des premières rencontres internationales à Morez
« avec les yeux du cœur » article paru dans le Journal du Parc du Haut-Jura en juin 2008, écrit par Samia Imloul